Le format TED, un exercice devenu standard

 
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Seul en scène, en moins de 18 minutes

Michel Levy Provençal, le fondateur et curateur de TEDxParis, nous raconte son expérience à l’occasion de la 10ème édition.

 

Le format TED


 

Mon premier “TED moment”

Le public est debout, la salle de conférence baignée d’une pénombre bleue, les yeux dans l’audience sont remplis de larmes, les applaudissements ne cessent de retentir depuis une bonne minute. Sur scène, au centre d’un cercle rouge, un jeune homme vient de raconter son histoire. Au cœur de l’assemblée, moi qui suis habituellement plutôt méfiant à l’égard des excès de pathos et des mouvements de foule, je suis envahi par l’émotion, je me surprends à sentir les larmes monter.

Emmanuel Jal, ancien enfant soldat sud-soudanais devenu musicien, vient de délivrer son TED talk. Nous sommes à Oxford, en juin 2009, je viens de vivre mon premier “TED moment” !


Une faible capacité de concentration

L’histoire des conférences TED remonte à 1984, en Californie. A l’époque, Richard Saul Wurman, un architecte et éditeur américain, a l’idée de convier ses amis chez lui pour venir y écouter des personnalités d’horizons divers. Plutôt que d’imposer un sujet ou une thématique à respecter, Wurman invitait les speakers à raconter leur histoire, leur projet ou encore leur vision du monde. Au fil des rencontres, Richard Saul Wurman s’aperçoit d’une chose : la faible capacité de concentration de son audience. Après étude, il s’est avéré que cette dernière ne dépassait pas les 18 minutes.


Les TED Talks se démocratisent

Ce constat servira de base au concept TED, et assurera son succès. Très vite, les TED Talks se démocratisent. En 2001, la conférence est rachetée par Chris Anderson, patron de presse à l’origine d’une fondation consacrée à « la puissance des idées pour changer le monde ». Dès lors, l’histoire de TED change d’échelle.

D’une conférence californienne pour happy few, la fondation a vocation à devenir une plateforme globale de diffusion des idées. Dès le début des années 2000, Chris Anderson ouvre la conférence aux plus grand nombre en diffusant massivement les vidéos des talks sur Internet. Cette ouverture a permis à TED de devenir un phénomène mondial, tout en attirant de nouveaux publics aux conférences.

 
 

Le début de l’aventure TEDx et TEDxParis


 

Le lancement du programme TEDx

Un mois avant mon expérience inoubliable de juin 2009 devant cet ancien enfant soldat, je m’étais lancé, à Paris, dans une aventure qui allait bouleverser ma vie personnelle et professionnelle.

Avec quelques proches ayant comme moi découvert les conférences TED depuis quelques années sur internet, nous avions organisé la première rencontre de la communauté TED française : TEDxParis. TED avait en effet proposé à quelques membres de sa communauté, dont je faisais partie, de lancer le programme TEDx. Nous avions pour la première fois la possibilité d’organiser localement des conférences sous le label TED. Unique contrepartie (et pas des moindres) : se conformer aux règles énoncées par TED. Cela implique notamment de respecter le format des TEDTalks délivrés sur scène et le but non lucratif de l’événement.


La première conférence TEDxParis

Les premiers événements TEDxParis organisés en 2009 permettaient de visionner des vidéos de conférences TED et de débattre autour des idées présentées. Mais très vite l’ambition de TEDxParis a décuplé, portée par les attentes grandissantes de la communauté française. Il m’est apparu clair que le succès naissant devait nous permettre de passer à une autre étape en organisant la première conférence au format TED.

Il fallait préparer les intervenants à délivrer des talks à l’impact équivalent à ceux que j’avais vécu en juin 2009 à Oxford. Les membres de la communauté TED française ont donc pris date. Le 28 janvier 2010, la première conférence TEDxParis proposerait un panel d’une quinzaine de personnalités surprises. J’avais quelques mois pour identifier et préparer ces intervenants. L’enjeu était de taille par rapport à l’offre événementielle classique et l’aura de TED que TEDxParis devait respecter.


Un enjeu de taille

Il fallait que les speakers s’adressent à la salle de manière différente, qu’il ne donne surtout pas l’impression de s’écouter parler et de s’enfermer dans un jargon compliqué les coupant de l’audience. Je souhaitais proscrire les notes sur scène et cette impression de mascarade de prise de parole en public, où l’intervenant repart en ayant l’impression du devoir accompli tout en étant passé à côté de l’essentiel : transmettre un message à quelqu’un.

Je cherchais les moyens de créer des interventions « dynamiques » ou « vivantes », proche du public et qui fasse naître des émotions et surtout transmettre des idées neuves. J’avais conscience qu’il ne suffirait pas d’inviter des personnalités brillantes à venir s’exprimer pour que le miracle évoqué se produise.

 
 

Apprendre à parler en public


 

L’art oratoire n’est pas un don

À l’époque, TED communiquait très peu sur les méthodes que les équipes utilisaient pour accompagner leurs intervenants. De plus, j’avais conscience de la spécificité française en matière de prise de parole. Les américains ont compris qu’il n’existe pas de « born speaker ». L’art oratoire n’est pas un don. Il n’est pas lié à l’intelligence, à l’âge ou encore à l’expérience.

L’art oratoire, ça s’apprend et ça se prépare ! Il dépend souvent de principes simples, parfois d’astuces, qui nous permettent d’apprivoiser avec plus d’aisance l’exercice périlleux de la prise de parole en public. Dans l’imaginaire collectif, parler en public serait un don, avec d’un côté les « orateurs nés » et de l’autre ceux qui sont pétrifiés à l’idée même de monter sur une scène. À y regarder de plus près, les différences culturelles joueraient un rôle non négligeable dans la maîtrise de l’art oratoire…


La prise de parole en public en français

Si le béret et la baguette sont des symboles de la France, un autre cliché semble coller à la peau de ses habitants : leur difficulté à s’exprimer avec aisance à l’oral. Certains pointeront du doigt la langue française, réputée complexe. D’autres argumenteront l’esprit critique typiquement français, doublé d’un apprentissage traditionnellement fondé sur l’écrit. Un lourd héritage qui peut nourrir un complexe d’infériorité dans un pays où l’oral est souvent déconsidéré par rapport à l’écrit.


La prise de parole en public en anglais

À l’inverse, les Anglo-Saxons sont réputés pour leur aisance à l’oral. La souplesse et la flexibilité de l’anglais facilitent la création de discours efficaces et percutants. Mais c’est surtout l’éducation qui fait la différence. Dès leur plus jeune âge, les américains sont habitués à prendre la parole en public. À l’école, les jeunes élèves de primaire pratiquent l’exercice du « show and tell ». Un exercice qui consiste à raconter une histoire devant sa classe à partir d’un objet, d’un fruit ou encore d’un animal de compagnie. De cette manière, l’élève s’habitue dès son plus jeune âge à parler devant un public.

Et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit d’un public qui lui ressemble. Face à ses pairs, l’élève est décomplexé et devient naturellement plus à l’aise à l’oral. Aux États-Unis, pays des talk-shows et des grands orateurs comme Barack Obama ou Steve Jobs, on ne cesse de cultiver cet art. Résultat : à niveau socioprofessionnel égal, les Américains possèdent une facilité à parler en public supérieure à nous, français.

 
 

+ de 10 ans d’expérience en formation à la prise de parole


 
 

La nécessité d’une méthode

Face à ce constat, la nécessité d’outils, de méthodes et d’exercices pour les intervenants pressentis pour TEDxParis étaient plus que nécessaires. Il a donc fallu, en quelques mois, travailler à tâtons, essayer de découvrir les secrets constitutifs d’un bon talk, et tenter d’enseigner ces secrets aux intervenants de TEDxParis afin d’être à la hauteur des exigences attendues par la communauté TED française.


TEDxParis fête ses dix ans

L’aventure TEDxParis n’avait pour ambition que de durer quelques mois… Aujourd’hui, cela va faire 10 ans que la conférence existe. Au fil des années, la communauté qui l’entoure n’a cessé de grandir. Partout en France, les conférences TEDx se sont propagées et ont démultiplié ce désir de communiquer efficacement à l’oral.

Un désir devenu nécessité, dans une société marquée par la surinformation et la multiplication des canaux de communication. La France, pays du verbe, et ses orateurs n’ont aucune raison d’être en reste face à cette révolution à condition de s’y mettre… avec la bonne méthode !


La méthode TEDxParis

Pendant de nombreuses années, cette absence d’outils officiels a laissé l’opportunité à de nombreux consultants en prise de parole de proposer leur propre méthode. Je n’ai pas manqué à l’appel, puisque depuis 2009, j’ai travaillé à identifier les outils qui ont permis à plus d’un millier d’intervenants de prendre la parole efficacement sur une scène.

A l’intersection des sciences cognitives, de la psychologie comportementale, des secrets des arts oratoires, des techniques pédagogiques et d’un savoir-faire accumulé depuis quinze ans à accompagner les intervenants les plus inspirants de la planète, cet ouvrage dense et complet vous permettra de saisir et appliquer les secrets qui constituent une intervention courte et inspirante « à la TED » !

 
 

Se préparer à donner un TED talk ?


 

Brightness, partenaire historique de TEDxParis

Pour aller plus loin, vous pouvez être accompagné par Brightness, partenaire historique de TEDxParis depuis l’origine et formateur de tous les intervenants de TEDxParis.

 
 
Grégoire Charrassin