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Itay Talgam : Du chaos émerge la musique

La question posée par Itay Talgam est : comment une harmonie au sein d'un ensemble de musiciens se crée-t-elle ? Il refuse d'attribuer l'ensemble du mérite au travail de direction et se propose d'analyser en vidéo les façons de faire de quelques chefs d'orchestre pour comprendre le rôle que ceux-ci peuvent avoir dans la magie qui s'opère.

Riccardo Muti exerce un contrôle absolu sur les musiciens : ils sont des instruments au service de sa version de la partition. Sa direction ne leur laisse aucun espace de liberté. Il est l'homme-orchestre : les musiciens sont le prolongement de lui-même.

Herbert von Karajan, au contraire, est très peu directif. A tel point qu'il en devient difficile pour les musiciens de savoir quand jouer seulement en le regardant : ils doivent se coordonner les uns avec les autres. Ce que von Karajan cherche à obtenir, c'est une appropriation collective de l'oeuvre à jouer : que tous les musiciens partagent une même représentation, une même intention, un même projet. C'est une approche organique, émergente : plusieurs cellules forment un corps dont le tout est supérieur à la somme des parties

Carlos Kleiber laisse de son côté une grande autonomie aux musiciens mais par ses gestes il ouvre et il façonne un espace d'interprétation. L'harmonie n'émerge pas comme avec Karajan d'une assimilation collective mais plutôt d'une compréhension individuelle de l'énergie que leur transmet Kleiber. Ce style de direction pourrait être qualifié de shamanique : Kleiber parle aux musiciens à un niveau qui est au-delà de la conscience.

Itay Talgam se restreint dans son intervention au domaine de la musique qui est le sien, mais les thèmes qu'il traite - organisation collective, contrôle, autonomie, coordination, création de sens - vont bien au-delà. Ses remarques sont immédiatement transposables à nos manières de travailler, de jouer, de vivre en famille, de faire de la politique, car ce sont, après tout, autant de domaines où nous recherchons une forme d'harmonie.

Itay Talgam a un accent prononcé, pour voir la conférence sous-titrée en français, voyez ici.

Jose Abreu : la jeunesse vénézuelienne transformée par la musique

Jose Antonio Abreu, économiste de formation et musicien reconnu, fonda en 1975 l'organisation El Systema avec pour but d'ouvrir la pratique de la musique aux jeunes classes populaires du Vénézuela. Au cours des 35 dernières années El Systema s'est développé pour désormais fédérer un ensemble de 102 orchestres de jeunes, 55 orchestres d'adolescents et 270 écoles de musiques, regroupant de l'ordre de 250 000 jeunes musiciens.

L'Orchestre Symphonique Simon Bolivar qui en est la vitrine jouit d'une reconnaissance mondiale et des musiciens de stature internationale en sont issus tels que Gustavo Dudamel ou Edicson Ruiz.

Mais l'importance que revêt la musique selon Jose Abreu n'est pas tant dans le succès de quelques individus que dans les vertus qu'elle présente en termes d'éducation des jeunes et de développement social. Au niveau local les communautés se réunissent pour faire vivre une école de musique, un orchestre et offrir à leurs jeunesses des perspectives nouvelles.

Reprenant des propos de Mère Thérésa, Jose Abreu soutient que le plus terrible pour les pauvres n'est pas l'absence d'un toit ou le manque de nourriture, mais le sentiment de n'être personne, l'absence de reconnaissance publique. Et il défend que la jeunesse responsabilisée et reconnue par sa communauté est plus à même de se développer et de rompre le cercle vicieux de la pauvreté.

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