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Archives mensuelles: mars 2010

Jouer pour ne pas dépérir

Stuart Brown, fondateur du National Institute for Play, professe les bénéfices du jeu. Il existe en anglais deux termes pour le jeu : game et play. Game est le jeu qui a un but précis, un cadre et des règles tel le jeu d'échec, le football ou Tetris. Stuart Brown s'intéresse à la seconde forme (play) qui est celle de l'enfant qui empile ses Lego ou de l'homme qui joue avec son chien.

Le jeu peut prendre chez l'homme des formes très diverses et évoluées (la danse, la séduction, la bataille d'oreiller,…) mais il est aussi présent chez d'autres espèces. Dans certains cas il est nécessaire à l'apprentissage de certains réflexes de survie. Stuart Brown donne ainsi l'exemple de rats que l'on a privé de jeu et qui se laissent mourir reclus dans leur cachette après avoir fuit un chat.

Bien qu'il n'ait d'autre fin que d'etre joué, le jeu joue donc un rôle essentiel dans notre développement. Il permet une exploration individuelle (corps, émotion, imagination) et sociale (communication, confiance, sociabilité), dont la privation pourrait être à l'origine de pathologies comme le suggère l'étude de cas de psychopathes notamment. 

Suart Brown nous enjoint donc à rechercher le jeu, quelque soit notre âge : "Le contraire du jeu n'est pas le travail, c'est la dépression !"

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Itay Talgam : Du chaos émerge la musique

La question posée par Itay Talgam est : comment une harmonie au sein d'un ensemble de musiciens se crée-t-elle ? Il refuse d'attribuer l'ensemble du mérite au travail de direction et se propose d'analyser en vidéo les façons de faire de quelques chefs d'orchestre pour comprendre le rôle que ceux-ci peuvent avoir dans la magie qui s'opère.

Riccardo Muti exerce un contrôle absolu sur les musiciens : ils sont des instruments au service de sa version de la partition. Sa direction ne leur laisse aucun espace de liberté. Il est l'homme-orchestre : les musiciens sont le prolongement de lui-même.

Herbert von Karajan, au contraire, est très peu directif. A tel point qu'il en devient difficile pour les musiciens de savoir quand jouer seulement en le regardant : ils doivent se coordonner les uns avec les autres. Ce que von Karajan cherche à obtenir, c'est une appropriation collective de l'oeuvre à jouer : que tous les musiciens partagent une même représentation, une même intention, un même projet. C'est une approche organique, émergente : plusieurs cellules forment un corps dont le tout est supérieur à la somme des parties

Carlos Kleiber laisse de son côté une grande autonomie aux musiciens mais par ses gestes il ouvre et il façonne un espace d'interprétation. L'harmonie n'émerge pas comme avec Karajan d'une assimilation collective mais plutôt d'une compréhension individuelle de l'énergie que leur transmet Kleiber. Ce style de direction pourrait être qualifié de shamanique : Kleiber parle aux musiciens à un niveau qui est au-delà de la conscience.

Itay Talgam se restreint dans son intervention au domaine de la musique qui est le sien, mais les thèmes qu'il traite – organisation collective, contrôle, autonomie, coordination, création de sens – vont bien au-delà. Ses remarques sont immédiatement transposables à nos manières de travailler, de jouer, de vivre en famille, de faire de la politique, car ce sont, après tout, autant de domaines où nous recherchons une forme d'harmonie.

Itay Talgam a un accent prononcé, pour voir la conférence sous-titrée en français, voyez ici.

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